Halloween au naturel : moins de plastique, plus de magie

31 octobre, 18 h. On frappe à la porte. Derrière : deux fantômes en drap-housse (élastiques compris), une sorcière qui a oublié son balai dans la voiture et un vampire qui réclame des bonbons avec un appareil dentaire. Halloween, c’est ce joyeux bazar-là, et il n’a jamais eu besoin de plastique pour faire peur.

Il était une fois… un navet

Petite question pour briller au dîner : quelle était la toute première lanterne d’Halloween ? Pas la citrouille. Le navet. Oui, le navet. En Irlande, on le creusait pour y glisser une braise et faire fuir les esprits, qui avaient sans doute aussi peur que nous de la soupe de navets.

Tout commence avec Samhain, le nouvel an celte, fêté dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Les récoltes étaient rentrées, l’hiver pointait son nez, et l’on racontait que les morts en profitaient pour rendre visite aux vivants. Sans prévenir, évidemment.

Les émigrés irlandais ont emporté la coutume en Amérique, où la citrouille a piqué la place du navet (on la comprend). La fête est revenue chez nous à la fin des années 1990… avec des kilos de plastique dans ses valises.

Le vrai film d’horreur d’Halloween ? Le 1er novembre au matin : squelettes en plastique dans la poubelle, costumes portés trois heures, papiers de bonbons jusque sous le canapé. Cette année, j’ai envie de frissons faits maison. Et bonne nouvelle : pas besoin de vivre comme moi au milieu des champs pour s’y mettre. Suivez le guide… si vous l’osez !

Déco : l’automne fait les courses pour vous

Avant de foncer au supermarché, ouvrez l’œil dehors. Feuilles rousses, branches tordues, pommes de pin, bogues de châtaignes, courges biscornues : l’automne a déjà tout préparé, et il n’a même pas demandé de ticket de caisse.

Moi, il me suffit de sortir dans le jardin. Mais le square du coin a lui aussi son rayon déco, ouvert tous les jours, et personne ne vous regardera de travers si vous repartez avec un sac de feuilles mortes. Enfin, presque personne.

Enfilez quelques feuilles de chêne et d’érable sur une ficelle de jute, et voilà une guirlande digne d’une cabane de sorcière. De petites courges alignées sur un rebord de fenêtre font leur effet et, gros avantage, ne réclament pas de piles. Dans un grand vase, quelques branches nues accueillent une colonie de chauves-souris en papier kraft, qui ont le bon goût de ne pas vous réveiller la nuit.

Pour l’ambiance lugubre, emmaillotez des bocaux en verre dans de la gaze, dessinez deux yeux et glissez une bougie à l’intérieur : Toutankhamon n’a qu’à bien se tenir. Avec un vieux drap et une boule de papier journal pour la tête, vous voilà avec un fantôme prêt à hanter le balcon. Les voisins frissonnent, mamie reconnaît son drap.

Le 1er novembre ? Rien à jeter. On range pour l’an prochain, et le reste file au compost. Les seuls monstres qui se régalent, ce sont les vers de terre.

Costumes : le fond du placard, ce trésor oublié

Un déguisement sous plastique, c’est trois heures de gloire, puis une éternité au fond d’un placard. Un costume bricolé, c’est un après-midi de fous rires, de bouts de ficelle et de « mais si, ça ressemble à un dragon ». C’est aussi celui qu’on ressort en photo dix ans plus tard, pour le plus grand malheur de l’intéressé. Et ça marche à tout âge : les grands enfants de 40 ans ont eux aussi le droit de jouer les vampires.

Commencez par fouiller chez vous : un vieux drap devient fantôme, un rideau se change en cape, et le peignoir de papy fait un magicien très crédible. Si l’inspiration manque, les friperies, ressourceries et Emmaüs regorgent de trésors à quelques euros, du chapeau improbable au manteau d’un autre siècle. Le fantôme de l’élégance n’est jamais loin.

Autre idée : un troc de déguisements avec les copains, les collègues ou les voisins. Les enfants grandissent plus vite que les citrouilles, et comme les chats noirs, les costumes ont plusieurs vies.

Côté maquillage, un mélange de fécule de maïs, de crème hydratante et d’une pointe de cacao ou de colorant alimentaire fait des merveilles. Testez-le d’abord sur un petit bout de peau : on veut ressembler à un zombie, pas à une allergie.

Friandises : sorcellerie en cuisine

Qui a dit qu’un Halloween sans bonbons industriels serait triste ? Enfilez votre tablier (ou votre cape), on passe aux fourneaux. Formule magique facultative.

Des sablés découpés à l’emporte-pièce en chauves-souris, fantômes et chats noirs font toujours un tabac ; les têtes partent en premier, c’est la loi. Les pommes du coin, trempées dans le caramel et piquées sur un bâtonnet, deviennent des pommes ensorcelées. Contrairement à celles des contes, elles ne font dormir personne.

Les muffins au potiron et à la cannelle attirent les enfants plus sûrement qu’un sortilège, rien qu’à l’odeur. Pour les plus pressés, une grimace dessinée au feutre alimentaire transforme n’importe quelle clémentine en mini-citrouille : les enfants adorent, les clémentines un peu moins. Quant aux graines de citrouille, patience, elles ont droit à leur moment de gloire juste en dessous.

Et pour les petits monstres qui sonnent à la porte, ou qui écument les étages de l’immeuble ? Des bonbons achetés en vrac, glissés dans des cornets en papier kraft. Moins d’emballages, autant de caries… euh, de sourires.

Citrouille : zéro gâchis, zéro trouille

Une citrouille, ça ne se jette pas ! À la poubelle, elle se décompose sans air et dégage du méthane, un puissant gaz à effet de serre. Autrement dit, la vraie créature maléfique d’Halloween, c’est la citrouille oubliée au fond du bac.

Mon potiron sort tout droit du potager, où il a la fâcheuse manie de vouloir tout envahir. Mais ceux du marché font tout aussi bien l’affaire, et eux, au moins, n’ont pas piétiné les tomates.

La chair, grattée le jour de la sculpture, finit en velouté, en gratin, en curry ou dans les muffins. Oui, on mange la tête de sa lanterne. Non, ce n’est pas glauque. Bon, un peu.

Les graines, elles, méritent mieux que la poubelle. Rincez-les, séchez-les et mélangez-les avec un filet d’huile d’olive, du sel et du paprika fumé, puis laissez-les griller 15 à 20 minutes au four à 160 °C en remuant à mi-cuisson. Prévoyez double dose : il n’en restera pas pour la photo.

Une fois la fête passée, la lanterne file au compost. Et si vous avez des poules, comme moi, elles vous diront merci, graines comprises : ce sont des petits dinosaures, après tout, alors Halloween, c’est un peu leur fête.

Chut… le hérisson dort

Pendant qu’on hurle « Des bonbons ou un sort ! », la petite faune, elle, se prépare à l’hiver. Les hérissons, qui se plaisent autant dans mon jardin que dans les parcs en ville, cherchent un coin douillet pour hiberner, et les oiseaux aimeraient bien dormir. Soyons des monstres bien élevés.

Dehors, oubliez les fausses toiles d’araignée en fibre synthétique : oiseaux, hérissons et insectes s’y prennent au piège, et les vraies araignées font ça très bien toutes seules. En fin de soirée, éteignez les guirlandes plutôt que de les laisser briller jusqu’à l’aube ; même les chauves-souris apprécient le noir complet.

Avant de déplacer un tas de feuilles ou de bois, jetez un œil dessous : un hérisson y a peut-être déjà entamé sa très, très longue grasse matinée. Et gardez la citrouille pour vous. Les associations de protection déconseillent d’en laisser aux hérissons, la courge pouvant leur causer des troubles digestifs, et un hérisson ballonné, ce n’est drôle pour personne.

À vous de jouer !

Voilà, vous savez tout… ou presque. Il ne reste plus qu’à dénicher un vieux drap, à emprunter (très discrètement) le peignoir de papy et à préchauffer le four pour les graines.

Et maintenant, je veux tout savoir : vos costumes les plus ratés (photos exigées !), vos déco les plus farfelues et vos recettes de citrouille préférées. Racontez-moi tout en commentaire. Promis, je ne me moquerai pas… enfin, pas trop.

Joyeux Halloween, et surtout, bonne frousse !

Christelle


Photo à la une : Emanuel Haas / Unsplash

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